Quoi qu'il advienne.

31 octobre 2010

A des milliers de kilomètres de là où je suis...

Il y a cette image incertaine, de la jeune fille que j'ai été.

Il y a les jolis mots et les ratés, les ratures.

Il y a la peur, l'angoisse terrible de ne jamais pouvoir partir, vivre, être libre.

Il y a le désir, toujours réprimé, torturé par cette fierté démesurée, par cet orgueil qui clame n'avoir besoin de personne, d'aimer et de faire confiance.

Il y a la honte et l'échec, attisés par les renoncements de toutes sortes.

Il y a cette violence, cette force qui voulait tout submerger, cette rage de tout détruire, sans laquelle rien ne se serait produit.

Et je voudrais encore, puiser à cette source, repeindre ma vie aux couleurs vives des années passées, reprendre souffle nouveau, pour que cesser d'expirer ces longs soupirs apaisés et satisfaits. Lorsqu'on est libre, le temps s'écoule différemment, plus rien ne presse, il n'y a plus cette menace de cessation, cette interdiction implacable suspendue qui force à vouloir tout vivre, tout connaître, tout goûter à la fois.

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08 octobre 2010

Apathie.

Parfois, l'enthousiasme des jours nouveaux, sous ses dehors chatoyants, me sert de cache-misère. Parfois j'attends le grand chambardement qui viendrait anéantir cette damnée tranquillité, cette permanence désespérante au fond, car tout persistera. Oui, il semble bien que cette situation (confortable, insupportable) est vouée à perdurer jusqu'à ce que mort s'ensuive. Amollie mon âme, recroquevillés mes bas instincts, je suis comme desséchée, grillée par l'astre de ce bonheur qui me fait m'enfoncer dans la plane confiance de ceux qui n'ont plus rien à désirer. Il y a pire : je m'assagis. Je m'embourgeoise, même, dirais-je, histoire d'employer un vocabulaire gentiment connoté.

Après ces quelques lignes, je crois reconnaître une once de mauvaise foi, la couleur profonde et vivace de la mauvaise foi... Peut-être que tout n'est pas perdu.

Mais la catastrophe, déclinée, ruminée, avivée, ça a toujours été mon truc.

J'ai voulu cette existence purgée, stérilisée, immaculée. Je l'ai eue. Et déjà, je n'en voudrais plus?

Je pourrais, oui je pourrais, avec cette increvable volonté de destruction, plonger mes mains (propres maintenant) dans cette merde que j'ai tant haïe-aimée, jusqu'à l'inviter à s'insinuer par tous mes pores, à devenir comme une seconde nature.

Blablablabla... Je ne crois plus à ce que je raconte.

Merde.  

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29 août 2010

Je n'ai jamais su.

Il y a des choses que je suis incapable d'écrire. Les mots qu'il faudrait utiliser sont comme chargés de dégoût, comme imbibés de honte, comme bardés de ricanements cyniques qui leur ôtent tout pouvoir de conviction.

Et pourtant.

Qu'est-ce qu'il fait beau ici. L'air est léger, la tempête de l'angoisse a rejoint des terres plus lointaines. Il n'y a plus qu'un vague souffle d'inquiétude pour faire se tordre mes mains, et errer ma conscience.

Sous l'ombre paisible de ses bras, mes rêves les plus oppressants me deviennent presque étrangers.

Et je sens que le dégoût finira par s'en aller, que je finirai par entrer en moi-même avec cette sérénité que n'ont que les salauds, ceux qui se sentent chez eux quelque part, ceux qui ne se demandent pas quel est l'enculé qui les a balancés là.

Mais je crois que jamais je ne parviendrai à ôter à ces mots qui me brûlent les lèvres leur enveloppe pudique et leur arrière-goût fielleux. Peut-être est-ce qu'ils ne peuvent toucher cette réalité qui me dépasse moi-même, qu'ils ne peuvent dessiner les traits de ce visage inconnaissable dans lequel je me perds moi-même. Ce visage insaisissable, ce miroir qui me renvoie, dans un éclair bleu, l'image tremblante de mon bonheur.

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18 août 2010

Sois libre, mon amour.

Il faut que je coure, il faut que je coure pour cesser de penser à toute cette merde. Il faut que je me saoule, seule, comme avant, il faut que je boive à m'en taper la tête contre les murs. Je veux la violence, putain, je veux la violence. Retournée contre moi-même, là où ça fait le plus mal, là où ça fait le plus vivre.   

J'ai cette boule au creux du ventre qui ne veut pas partir. Je veux échapper à tout.

Je deviens complètement hypocondriaque, comme si le reste ne suffisait  pas. Je guette le cancer, je n'aime pas ne pas savoir quand il finira par me tomber dessus, l'enculé. J'ai peur de crever, j'ai peur de crever au milieu du bonheur. J'ai quelque chose à perdre maintenant bordel, je ne peux plus cracher à la gueule du monde et en rire, à m'en fêler les côtes. Je revois leurs gueules débiles et mes mains qui les giflent pour qu'ils cessent de me regarder monter peu à peu, en dépit du sordide. J'en riais, j'en riais à n'en plus pouvoir, avant de retrouver ma vieille cupabilité.

Je revois aussi mon égoïsme, bien déguisé mon égoïsme. Etait-ce de l'égoïsme? Parfois il m'arrivait de donner, je crois. 

Sois libre, sois libre bordel.

J'voulais pas t'enfermer putain...

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14 août 2010

Déchirer ma face avec les dents.

Quoi qu'il advienne, je me sentirai toujours coupable de quelque mal indistinct, coupable d'exister, coupable de toujours mal faire. J'ai toujours cette putain de peur qui m'ulcère, cette putain de peur du monde et de ses gens bizarres qui tous, c'est certain, conspirent à me nuire, à me déposséder de l'once d'amour propre qui me reste, si seulement il m'en reste.

Et pourtant je tiens ce putain de bonheur, mais peut-être est-ce parce que je tiens ce putain de bonheur que je suis au bord de la nausée, parce que je sens que je le serre trop fort, que c'en est ridicule, que l'extérieur et les circonstances viendront tout ruiner, que je ruinerai tout moi-même enfin, à coups d'angoisses irrationnelles et d'impulsions imprévisibles.

Les gens doivent croire que j'aime tout risquer. En fait, c'est tout le contraire. Je n'ai aucun courage, concernant ce qui échappe au contrôle de ma volonté.

Je hais l'incontrôlable. Je hais tous ces gens qui m'agressent d'un simple regard, je hais sentir couler dans mon dos la violence du monde, violence si peu semblable à la mienne, si dégoûtante, si effrayante, qui me dit que les gens autour de moi veulent tous me tuer. Et moi je préfèrerais presque m'administrer une dose de souffrance bien supérieure à celle qu'ils m'infligeraient afin de ne rien leur abandonner.

Je vois une pièce sans porte, je sens la douceur des murs lisses et cette assurance d'inviolabilité dont l'absence me terrifie.

J'ai toujours rêvé d'être inatteignable, de me mettre hors de la portée de cette foule aux desseins qui m'échappent, de bannir toute forme d'ignorance, d'insécurité, de hasard délétère.

Ce que le bonheur peut rendre vulnérable, dans le même temps qu'il donne l'impression d'enfin trouver force nouvelle pour un renouveau salutaire.

Je ne sais plus rien sur rien. Ah, si, je ne suis plus d'accord avec Bardamu.

"L'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches et j'ai ma dignité moi."

Je me plais à croire que la dignité n'a rien à voir là dedans. Sinon j'serais mal barrée.

Que l'on me protège du monde hostile. Qu'il m'en protège... et je cesserai peut-être de déblatérer.

Et le ridicule de ma situation me revient en pleine face, comme une poignée de sable sous la bourrasque, en plein dans les yeux. Je trouve toujours le moyen de me pourrir la vie. Sauf que je commence à ne plus aimer ça du tout.   

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20 juillet 2010

Vers d'autres sommets escarpés.

Je barbote dans mon ennui, comme engluée dans le désoeuvrement, piégée, sans volonté. Mais cela ne durera pas. J'ai trouvé mon nouvel objectif, après la périlleuse ascension du mont ENS, ou plutôt mes nouveaux objectifs. L'ennui donne à penser. Je n'échapperai pas à la transformation qu'une partie de moi essaye d'opérer.

J'ai changé, j'ai réussi, j'ai arrêté certaines conneries, j'ai connu que je n'étais pas incapable de certaines choses. Pourquoi toute cette honte, alors, pourquoi ce besoin constant de m'autodétruire, de me flageller, de me rendre coupable de tous les maux?

Je me laverai du mépris de moi-même, du dégoût de moi-même, de la haine de moi-même.

A force de volonté, j'étranglerai l'angoisse, je la ferai hurler, et je la regarderai droit dans les yeux. Crève salope.

Et après je pourrai hurler sur tous les toits du monde que je ne serai plus jamais une de ces conasses torturées à deux balles, parce que c'est ça le vrai ridicule. Comme une impression de déjà-vu. Ca, j'ai déjà dû le dire un million de fois. Mais merde, j'ai le temps de nettoyer ma merde maintenant.

Je ne veux plus avoir ce besoin irrépressible qu'on me rassure, qu'on me dise que non, je ne suis pas si merdique que ça, pas si ridicule que ça, pas si méprisable que ça. J'ai toujours eu du mal à supporter qu'on m'aime, de quelque manière, soit je décide de ne pas y croire, soit je me dis que je ne le mérite pas et j'appréhende le moment ou l'autre le découvrira.

Mais je ne veux plus passer ma vie à douter, bordel, ce serait plutôt le moment d'y croire, d'y croire à fond, d'empoigner cette chance, et de ne pas la laisser s'enfuir.

La grande réconciliation, bordel, elle est à portée de main, il faut croire que cela fait peur, la paix. Peut-être que j'ai peur de perdre ma folie, peut-être que j'ai peur de la stabilité, j'ai toujours préféré marcher au bord du précipice, sans jamais parvenir à obtenir l'ombre d'une certitude. L'instabilité était mon habitude, et je m'y accrochais, je m'y accrochais, comme si ça avait été une putain de sécurité d'hésiter toujours entre les extrêmes, de vaciller, de se casser la gueule, et de toujours repartir comme en quarante, vers un autre point de non-retour. Je veux savoir ce que ça fait de ne pas balancer entre l'acceptation et le rejet de soi, entre l'orgueil et le mépris de soi, entre le goût et le dégoût de soi. Je veux atteindre la mesure, cette putain de mesure qui paraît fade quand on cherche à faire de la vie une course pour échapper à l'angoisse d'être insignifiant.

Salut moi, on peut reprendre à zéro, tu veux?

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15 juillet 2010

J'ai peur de tout.

J'ai réussi, voilà c'est dit, j'ai réussi, je suis heureuse, plus que jamais, et pourtant demeure cette putain d'angoisse, ce putain de ver qui me ronge, qui me dit que je ne suis pas assez bien, que les choses vont être compliquées, que je ne réussirai pas à conserver ce bonheur qui m'est tombé dessus, parce que je ne le mérite pas.

Ai-je déjà perdu le contrôle?

Je vais perdre, putain, à force d'excès, à force d'enthousiasme, à force d'être moi, désespérément moi.

Enfin... quoi qu'il en soit la liberté est à moi, définitivement, et j'ai envie de le hurler sur tous les toits du monde.

L'été, le putain d'été... Alcools.

Je vais fumer à ma fenêtre, en regardant les étoiles et en me disant que c'est niais. Mais je l'ai toujours fait, je n'y peux rien, c'est l'appel de la fuite, un ciel étoilé.

Et je vais me barrer, je vais me barrer, putain.

Ouais, je vais me barrer, mais tu parles, je suis toujours dans ma prison mentale, dans ma cellule nue, je me cogne aux parois, les barreaux grincent sans discontinuer. Il n'y a jamais d'échappatoire, toute fuite est une fuite du corps, et le moi revient le sourire aux lèvres, souffler l'écoeurement à mon oreille. Je veux être quelqu'un d'autre, quelqu'un d'estimable, de respectable. Je veux être quelqu'un d'autre, et je n'arrive pas à m'améliorer, jamais, je ne peux que lentement pourrir dans l'ombre du dégoût de moi-même, dans l'ombre fétide de la honte qui s'abat sur mes yeux comme une coulée de lave. Je voudrais disparaître, progressivement m'évaporer en rêvant que je suis lavée de tout mépris, épouser la transparence des autres, qui chantent à l'unisson.

Mais non, je suis toujours hors de propos. 

Je ne mérite rien. Et pourtant j'ai tout.

 

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05 juillet 2010

Travaille et oublie.

Oui, pour que j'écrive deux articles en deux jours, il faut vraiment que quelque chose n'aille pas. Mais Michaux le dit mieux que moi, moi j'ai trop honte, trop honte de cette vieille carcasse qui se débat. Brasse de l'air.

"Un jour,
Un jour, bientôt peut-être,
Un jour j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers

Avec la sorte de courage qu'il faut pour être rien et rien que rien.
Je lâcherai ce qui paraissait m'être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D'un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements "de fil en aiguille"
Vide de l'abcès d'être quelqu'un, je boirai à nouveau l'espace nourricier.

A coups de ridicule, de déchéances (qu'est-ce que la déchéance?), par éclatement.
Par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j'expulserai de moi la forme qu'on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage
Et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables.

Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une immense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m'avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l'estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans l'esclaffement, dans le grotesque, le sens que toute lumière je m'étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée.

A force d'être nul
Et ras
Et risible...

Clown."                                                               (Henri Michaux, Clown)

Je me hais, je hais tout ce que je fais, sauf le travail, ma seule chance de salut. Deux jours sans travail et déjà le putain de vacarme dans ma tête m'empêche de dormir. Comme un personnage racinien, je me débats, mais je ne me débats pas entre le bien et le mal. Je me débats, c'est tout. Surtout parce que je suis incapable de faire bien. Incapable. Ridicule. Ridicule. Ridicule. Il faut toujours que tu fasses le contraire de ce que tu voulais faire, il faut toujours que tu invites le monde à te mépriser.

Il faut que je travaille, il faut que j'oublie. 

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04 juillet 2010

Oh.

J'ai congédié l'habitude, je crois. Bizarre, ceci est décidément bizarre.

J'attends, j'attends, j'attends, dans une semaine je serai peut-être la fille la plus heureuse du monde, j'aurai dans les mains cette promesse de liberté qui a tant tardé. Liberté. C'est fou tout ça... Pas trop d'espoir, putain, la déception risque d'être insurmontable si j'espère...

Je me prépare à me ramasser à la petite cuillère une nouvelle fois, oh la douleur, douleur, douleur... comme elle est vive encore ! J'ai peur.

Etre enfin chez moi quelque part. Comme ce serait beau. Je n'attendrais plus rien, je ne me débattrais plus avec ma merde, je ne m'agiterais plus comme un poisson hors de l'eau. C'est mon seul rêve, pitié, pitié. Me casser en claquant la porte et ne plus revenir. Vivre enfin.

Oui, des platitudes. Je suis fatiguée.

Je repense au 6 octobre 2006. "J'me remémore quelques moments de flottement, de ces derniers jours, ça me fait sourire, j'ai parfois envie de faire un bond quelques mois dans le futur, pour voir, comment le tapis va se dérouler...", écrivais-je le 7 octobre. Si j'avais su. Il y a certaines choses que j'aurais dû régler, depuis. Pourvu qu'elles ne me rattrapent pas. Non, c'est fini toute cette merde, définitivement. Il y a quelques jours je voulais écrire ce que je n'ai jamais écrit, par manque de courage, pour en finir avec la glu du souvenir. Peut-être que je devrais... Nevermore. Ou pas, j'ai encore mal bordel. Question de digestion. Cette journée est définitivement bizarre. Je m'étonne que l'envie de fuir le plus loin possible ne me soit pas encore tombée dessus. J'ai dû changer. J'ai vieilli, ouais, au moins un peu. J'ai grandi en courage.

14 décembre 2006 : "L'autre jour j'ai rêvé que j'avais quelques années de moins, et que j'faisais des courses de caddies dans un parking de supermarché assez glauque. Ca m'a foutu le cafard. J'étais avec un ou une autre gosse, il faisait froid et on avait des vieux bonnets moches. J'étais même peut être un mec. Mais c'était putain de beau comme image, le truc à filmer. Ca me tue que personne comprenne que ça me foute dans des états pas possibles, de me représenter ce genre de choses. Ca doit me tuer que personne puisse naviguer en moi, j'crois.

On est toujours seul quoi qu'on fasse. J'l'ai toujours dit. Ca n'a rien à voir avec le bonheur. J'aurais pas envie d'passer pour une déprimée ou j'saispasquoi. Mais on est toujours seul, et si c'est souvent une force, si ça nous fait nous sentir uniques, ça fait mal un peu quelque part. Y a rien de réellement réciproque. On s'parle mais ça veut rien dire. Y a des fois où on voudrait que quelqu'un sache. Que quelqu'un sache vraiment.

Ce qu'on se goure, ce qu'on se goure bordel. "

Sacrée image. Sacrée sensation. Nous n'avons pas été heureux. 

J'ai compris pas mal de trucs, tu sais.

Tout va changer l'année prochaine, quels que soient les résultats, tout va changer bordel, qu'est-ce que c'est bon. Quoi qu'il en soit ça sera la liberté. Pourvu qu'elle ne soit pas provisoire.

4 décembre 2006 : "En tête, l'année prochaine. La prépa. J'angoisse d'être refusée, c'est un rêve pour moi, aussi étonnant que cela puisse être, j'ai pas peur de travailler comme un forçat [...] Puis y a l'ENS à la clé, même si j'suis consciente de mes chances d'y parvenir, on va tout faire pour, si je ne change pas d'avis entre temps."

Si j'avais su, bordel. Quelle putain d'aventure, je ne me rends pas compte que c'est fini, peut-être. Plus jamais monter l'escalier des Maristes, plus jamais les B7 de la machine à café, plus jamais la bibli, la bibli devenue ma maison, la bibli où j'ai passé l'essentiel de ces trois dernières années, parfois toute seule, jusqu'à m'y sentir plus chez moi que dans n'importe quel autre lieu. Et quitter ce microcosme familier... Je n'y avais pas pensé jusque là, bizarre... Tellement de souvenirs entre ces murs, l'hypokhâgne putain, l'hypokhâgne... 

Vara, tibi khâgna Vara celebrat gloriam splendidissimam nequaquam a strassa destructam papala !

 

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13 mai 2010

Je hurle à l'insomnie, j'émiette vos chairs poreuses.

Je ne dormais plus, je ne dormais plus. Je suis partie ce matin là de chez ce type, il ne faisait pas beau. Je partais avec le degoût habituel au creux du ventre, je ne sais pas pourquoi je finis toujours par retourner là bas, ça me file la gerbe. Je dois l'aimer, cette honte qui ride ma peau et me donne envie de me jeter hors de moi-même. Et je me l'offre, encore et encore, au bord du petit matin, je m'agite en espérant crever de honte. Il y avait un rat sur le trottoir ce matin, il ne fuyait pas, il était là, immobile et sale, avec à côté deux petites vieilles qui se plaignaient de le voir, "dégoûtant", s'imposant sans crainte. Moi je le trouvais plutôt sympathique, je pensais à lui, assise à l'arrêt de bus, fumant clope sur clope pour faire passer les nausées. J'aurais aimé être un rat, je crois, à ce moment là, j'aurais aimé me frotter les pattes sur une plaque d'égoût, courir entre les poubelles... Le temps s'éternisait, j'ai bien dû attendre vingt minutes à ce putain d'arrêt de bus, à me demander pourquoi j'étais retournée là bas, à me demander pourquoi j'avais tant besoin de me donner des raisons de me haïr. Pourquoi cette putain de fascination pour la souillure, pourquoi cette putain de torture quand je revois les sourires niais collés à mon cou je veux les éteindre, les briser, les trancher à la hache pour qu'ils ne reviennent plus jamais m'insuffler la honte par tous les pores et je ne dors plus, et je ne dors plus pour arrêter d'ébranler ma conscience. Elle aurait vite fait de devenir épileptique. J'espère être assez fatiguée pour me mettre hors d'état de penser.

C'est drôle d'écrire ça une semaine plus tard, je n'y comprends plus rien, cet article est laid, je ne ressens plus rien, que la paralysie au moment d'écrire, et une vague envie de fumer, que je vais aller satisfaire sous peu... Il n'y a que le rat qui me reste en tête, comme un petit moment saugrenu, oui, ces petits moments saugrenus qui s'accrochent à vous et vous donnent comme envie de pleurer. Je suis le rat sur le trottoir, et le degoût...

J'ai trop attendu, je me suis trop éloignée, je me suis enfoncée, lentement, dans ce prosaïsme sordide, j'ai refermé la trappe sur moi, et je me recroqueville en espérant disparaître. Et tout ça pour cette putain de comédie, cette putain de comédie du désespoir qui m'empêche de me rendre compte que je suis suspendue au milieu de rien. Le putain de néant de nos vies, c'est ça oui, et cette pudeur ridicule qui nous fait nous couvrir de dignité, discrètement, en attendant de crever, tout ça sans jamais faire de vagues...

Je ne sais plus ce que je pense, je ne pense plus ce que je dis, j'attends le jour où je tordrai le cou de l'angoisse une bonne fois pour toutes, j'attends le jour où l'inconnu ne me glissera plus entre les doigts, j'attends, j'attends, y a-t-il quelque chose à attendre?

Cigarette ! 

Posté par Songe_Spectral à 22:36 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]