22 novembre 2008
L'écriture compensatoire.
Ou l'art de se donner des excuses.
Dans exactement deux semaines je serai en train de boire, enfin. Qu'est ce que vous voulez que je vous dise, c'est mon truc, c'est ce que j'aime.
Je n'arrive pas à écrire, un quart d'heure que la page est ouverte, rien ne sort. Vie réglée au milimètre, j'avais dit que je perdrais deux kilos cette semaine, je l'ai fait. J'ai décidé de vraiment me lancer dans ce putain de régime. Je déserte les repas, je me sens légère, légère, plus pure, même si je ressemble toujours à un boudin.
C'est vrai, je ne ressemble pas à un boudin. Je trouvais juste que ça sonnait bien.
Mais enfin, encore sept kilos, sept petits kilos. Je n'y arriverai probablement pas, je me connais, un jour j'irai m'acheter des tas de gâteaux et je boufferai jusqu'à ne plus pouvoir respirer.
Je ne voulais pas parler de ça. Quoique, il y a toujours un lien. L'écriture compensatoire, disais-je. Au fond, toutes ces conneries que je fais, c'est pour me pousser à écrire. Creuser le trou, s'y enterrer pour jouir de l'énergie déployée ensuite, afin de s'en extraire. Je sais pourquoi je n'ai pas pondu un vers depuis des mois. Je ne bois plus comme avant, je ne prends plus le bus le dimanche matin pour rentrer chez moi, le corps brisé, vaguement agacée par la bêtise de l'énième mec de chez qui je reviens, ou bien par mes frasques de la veille, essayant de me remémorer le cours de la soirée, en vain. Je crois que le truc le moins médiocre que j'ai pu écrire, c'était un de ces matins là.
Mais pourquoi les couleurs me sont elles si vives? |
Je sais, ce ne sont pas des alexandrins parfaits, ça a l'air pourri comme ça mais quand je me projette dans ce bus, y a un an et demi, ça me semble moins fade, toute la lassitude de ce matin me revient, le paysage qui défile, le type qui me parle, moi qui n'ai qu'une envie : me casser, monter dans le métro et lui lancer un faux sourire pour qu'il s'en aille, puis le bus, le paysage grisâtre de la banlieue. Etre chez moi enfin, me recroqueviller dans ma baignoire et y rester jusqu'à ce que ma mère gueule. Dans le bus, je fais ces vers, en me disant que ça ne peut pas continuer comme ça, que rien n'est assez excitant pour m'enthousiasmer plus d'une nuit. L'écriture compensatoire. Quand je ne me livre pas à toutes ces conneries, je ne me déteste pas assez pour écrire, ou je ne jouis pas assez de moi-même, c'est selon.
J'espère arrêter de ressasser, un jour. Je n'écris plus, je n'écrirai peut-être plus jamais, mais je garde l'excuse.
Bon, ta gueule, maintenant.
Commentaires
oui, oui
te prends-tu au sérieux?
.
Oui, toujours. C'est évident, non?
"rien n'est assez excitant pour m'enthousiasmer plus d'une nuit. "
Et si on essayait... la musique?
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